Les psychothérapeutes
Transcription
Nous formons des psychothérapeutes. Le problème, c’est que derrière ce nom se cache une multitude de réalités.
Quand quelqu’un va mal, on lui dit qu’il faut faire quelque chose, qu’il faut aller voir quelqu’un. Ce n’est pas très défini, mais enfin, il faut faire quelque chose, et on va voir quelqu’un. Qu’est-ce qui va se passer en psychothérapie ? Là, ça devient plus mystérieux.
Il y a des thérapies qui vont réfléchir, qui vont penser — on va être dans le « ah, j’ai compris », et c’est important de clarifier. La clarification mentale, la réflexion, la psychanalyse ou autre : on laisse venir les pensées, les idées, on développe.
Il y a les thérapies qui vont travailler sur l’image, laisser venir des images. Il y a des thérapies qui vont travailler sur l’expression, la rage — laisser venir tout ce qui est là. Et il y a des thérapies qui vont travailler sur la réaction corporelle, comme la kinésiologie.
Et toutes ces thérapies sont très différentes les unes des autres. Alors comment ça se fait qu’elles existent toutes ?
Elles existent toutes parce que le système du vivant est en réalité une interaction constante. Vous changez votre alimentation, ça change votre psyché. Vous vous mettez à bouger, ou à vous reposer si vous bougez trop, ça change votre psyché. Quand vous prenez des vacances, vous vous sentez mieux.
Quand vous êtes amoureux, tout à coup vous avez moins mal, vos douleurs disparaissent. Il y a constamment une interaction psyché-soma : le soma amène des changements psychiques, et les changements psychiques amènent à leur tour des changements somatiques.
Quand on est dépressif, on n’a plus d’énergie, le corps ne réagit plus. Quand on est excité, on n’a plus sommeil — on est là, « demain je pars »…
Vous comprenez qu’imaginer qu’on puisse travailler la psyché sans le corps, ou le corps sans la psyché, c’est une séparation un peu artificielle.
La psychologie biodynamique, elle, va essayer d’intégrer toutes ces dimensions — une dimension verbale, mais qu’on va chercher à connecter au corps. On appelle ça la pensée enracinée : c’est-à-dire que quand je pense quelque chose, je ressens ce que ça fait.
Si je parle par exemple d’un beau coucher de soleil, c’est une image. Mais si vous vous ressentez dans le coucher de soleil, sentez ce qui se passe dans le corps : quelque chose change, c’est une impression différente. Par contre, si je pense « bombardement, guerre », sentez ce qui se passe dans le corps — ça contracte plutôt. On est constamment dans un échange.
Ce qu’on va chercher, nous, c’est d’écouter ce qui est au plus profond du mouvement vivant, laisser monter une sensation dans une expression. Cette sensation et cette expression vont prendre forme dans une expression plus grande : une émotion.
Et cette émotion peut nous amener à une situation agréable ou désagréable. Si elle est désagréable, on la répare, et quelque chose de nouveau, de réparé, de recirculant va prendre place dans le corps.
Donc ce n’est ni une pensée, ni une émotion, ni un système végétatif autonome — c’est une complétude, quelle que soit la porte d’entrée. Que ce soit une pensée — parfois on se dit « ça y est, j’ai mon examen », et il se passe quelque chose dans le corps. D’autres fois, on voit un ami qui vient chez nous : tout change complètement, on devait aller dormir, on était fatigué, il arrive, on n’est plus fatigué.
Et tout à coup, nos soucis sont oubliés, on a le plaisir de la rencontre. Mais de la même manière, si je me suis reposé, si j’ai bien pris du temps, si je suis auprès du feu, je deviens beaucoup plus disponible à ce qui m’entoure, et beaucoup plus heureux de ce qui va se passer.
Et encore plus intéressant : sentir tous les courants de vie parcourir l’être en entier, connecté à l’extérieur et à l’intérieur ensemble — ce qui va nourrir les trois centres : végétatif ou organique, émotionnel ou le cœur, la relation, et la pensée objective.
Jouissance, plaisir, pensée — ces trois-là en harmonie, ça s’appelle la beauté de l’instant présent. Voilà.
François Lewin
Les points clés
- « Psychothérapeute » recouvre des réalités très diverses — pensée, image, expression, réaction corporelle : chaque approche entre par une porte différente.
- Psyché et soma s’influencent en permanence — alimentation, mouvement, repos, amour : chaque changement corporel a un effet psychique, et inversement.
- La pensée enracinée — la psychologie biodynamique cherche à connecter toute pensée ou image à ce qu’elle produit concrètement dans le corps.
- Les trois centres en harmonie — organique, émotionnel et pensée réunis définissent ce que François Lewin appelle la beauté de l’instant présent.
Pour aller plus loin
Cette intégration du corps et de la pensée est au cœur même de la psychologie biodynamique, qui refuse de séparer artificiellement le travail sur la psyché de celui sur le corps.