Deuil et vie, les règles de Silvia reviennent

Chaque mois, retrouvez ici un cas pratique illustrant le fonctionnement et la richesse de  la Psychologie Biodynamique.

Dans un groupe de formation pour des thérapeutes psychocorporels à l’étranger, Silvia, une jeune thérapeute de 28 ans, signale qu’elle n’a plus ses règles depuis deux ans et demande si la psychologie biodynamique a des réponses à cela.

Il existe, en psychologie biodynamique, un massage particulier sur les fessiers, les jambes et les chevilles pour remettre en route ce processus. Le formateur dit qu’il montrera ce massage ultérieurement, il demande à Silvia comment est survenue cette aménorrhée. Apparue lorsqu’elle a arrêté la pilule, il semble alors logique de penser que cette réaction soudaine signifie qu’il y a un «interdit» d’avoir un enfant dans le corps. En effet, l’arrêt de la pilule qui devrait rendre Silvia fertile à nouveau coïncide avec le blocage de son cycle menstruel.

Le thérapeute pose alors des questions pour savoir si ses parents lui ont donné des messages qui iraient dans le sens d’un interdit, si sa mère a eu des enfants qui étaient mal venus ou encore s’il y avait un problème dans la famille autour de ce sujet. La réponse est que tout s’est bien passé. Sa mère voulait des enfants, elle les a eus jeune et ils ont été bien accueillis par sa propre famille. Sa mère n’a jamais posé d’interdit et serait plutôt contente que sa fille ait des enfants.

Le thérapeute effectue le massage sur la partie basse du corps. Toutefois, intuitivement, il sent que le blocage n’est pas là. Il voit alors que la poitrine et les bras de cette personne sont contractés, contenus et gonflés. Il travaille donc le bras pour libérer l’énergie. Viennent alors de grands sanglots, Silvia sent une grande tristesse et beaucoup de détresse. Le thérapeute, tout en encourageant cette expression douloureuse, demande quel est ce chagrin. Y a-t-il un amour coupé? «Oui, il est mort, et c’est bientôt l’anniversaire de sa mort.» Le thérapeute questionne «Est-ce que tu penses qu’il voudrait que tu restes sans enfant ou que tu continues à vivre l’amour et en avoir?» Elle répond: «Il voudrait que je continue à vivre.» «Alors, ce n’est pas le trahir si tu retrouves ta capacité à faire un enfant.»

Une semaine plus tard le thérapeute reçoit un mail de Silvia lui disant que ses règles sont revenues à flot, comme lorsqu’elle avait 16 ans. Le blocage physiologique prenait sa source dans la psyché. Et pour Silvia, c’est à partir du corps que la transformation a pu se faire. C’est dans la chair qu’était encapsulée la perte si forte de son compagnon. Et le deuil non abouti liait Silvia à la tombe de son ami. Mettre à jour la souffrance étrangement contenue dans son bras, la laisser sortir, puis pouvoir réaliser, formuler et entendre qu’il voudrait bien sûr qu’elle soit heureuse et que la vie continue, a dénoué l’interdit incorporé. L’attitude d’avoir su sentir où se trouvait le blocage dans le corps, par-delà le protocole, est très biodynamique.

Cet instinct s’apprend par l’écoute de ses sensations et le développement de son intuition. Les mains savent alors où aller.

Extrait du livre « La psychologie biodynamique. Une thérapie qui donne la parole à son corps ». Par François Lewin et Miriam Gablier.  Le courrier du livre.