Intégrité et éthique

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Dans cette courte vidéo, François Lewin distingue la morale, loi sociale variable selon les lieux et les époques, de l’éthique, bien plus personnelle — et propose un exercice simple pour ressentir, dans le corps, la différence entre agir avec intégrité ou non.

Transcription

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de l’intégrité. L’intégrité et l’éthique, c’est un peu la même chose.

Les dictionnaires modernes nous parlent d’éthique comme de la morale. C’est un peu différent. La morale est une sorte d’éthique collective : une loi sociale dans laquelle on codifie ce qui est bien ou mal. Ça dépend d’une société, d’un temps, d’une géographie. D’un côté de la Méditerranée, on peut boire de l’alcool mais pas fumer de haschich ; de l’autre côté, on peut fumer du haschich mais pas boire d’alcool. C’est la morale.

Mais l’éthique, c’est quelque chose de beaucoup plus personnel. On a quelquefois une loi qui nous oblige à faire quelque chose que, d’un autre côté, notre cœur ou notre être dit : ça, je ne peux pas le faire.

Par exemple, en 40, les Résistants ne voulaient pas obéir à la loi de la France occupée, et ont dit non, ce n’est pas possible. C’est donc quelque chose qui nous fait courir un risque — le risque d’être condamné, condamné pour les Résistants jusqu’à la condamnation à mort. Mais aussi, plus simplement, condamné par le groupe : rejeté par la personne que j’aime, rejeté par le clan dans lequel je suis, rejeté par l’entreprise.

Alors je vous propose un petit exercice. Rappelez-vous une fois où, malgré tout ce qu’on vous a dit, vous avez écouté votre cœur, votre droiture, votre intégrité, et vous avez fait ce qu’il fallait. Peut-être avez-vous rompu un contrat de travail, peut-être avez-vous clarifié avec un ami quelque chose de pas facile — mais après, vous vous sentiez droit dans vos bottes.

Ressentez : qu’est-ce qui se passe dans le corps quand vous vous rappelez cet espace-là, où vous avez été juste avec vous-même ?

Et maintenant, à l’inverse, rappelez-vous quelque chose que vous avez fait, une situation dont vous n’êtes pas fier. Vous n’avez pas osé, vous avez écouté ce qu’on vous disait, mais après coup vous vous dites : ça, je n’aurais pas dû. Je n’ai pas eu le courage, quelles que soient les raisons. Sentez ce qui se passe dans le corps.

En général, on se sent beaucoup plus fragile, beaucoup plus vulnérable, beaucoup moins solide — on est déstabilisé.

Alors, quand vous êtes face à une situation de conflit, une décision difficile à prendre, je vous propose de vous rappeler des moments où vous avez été dans votre intégrité, et de regarder la situation à partir de cette posture.

Ce n’est pas qu’un sentiment, c’est aussi une posture. Ne soyez pas trop en avant, ni trop en arrière, ni trop concerné, ni dans la répulsion ou la peur — mais juste dans votre axe. Et de là, de cette place autonome, entre les étoiles et la terre, regardez la difficulté et choisissez lucidement.

Bonne route.

François Lewin

Les points clés

  • Morale et éthique ne se confondent pas — la morale est une loi collective, variable selon le lieu et l’époque ; l’éthique est un appel plus personnel, celui du cœur.
  • Suivre son éthique comporte un risque — celui d’être rejeté, condamné, exclu du groupe ou du clan, à l’image des Résistants face à la loi de leur époque.
  • Le corps révèle la différence — se souvenir d’un moment d’intégrité produit une sensation de solidité ; se souvenir d’un manque de courage produit fragilité et déstabilisation.
  • Une posture, pas seulement un sentiment — face à un conflit, retrouver cet axe intérieur, ni trop engagé ni trop en retrait, permet de choisir lucidement.

Pour aller plus loin

Cette capacité du corps à révéler ce qui est juste ou non prolonge une réflexion déjà engagée sur le site : Le corps, cette boussole.

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