L’éloge du vivant
Dans cette courte vidéo, François Lewin interroge nos projets, ces idéaux qu’on nous demande sans cesse de formuler — et propose de regarder plutôt ce qui, derrière le bonheur comme le malheur, nous traverse à chaque instant.
Transcription
Dans notre société, on nous parle constamment de nos projets. Quels sont tes projets ? Qu’est-ce que tu fais actuellement, quels sont tes projets, qu’est-ce que tu veux faire ?
Je vous souhaite quelques échecs. Pourquoi ? Parce que nos projets appartiennent au passé. Je ne peux imaginer que ce que je connais déjà.
Si vous regardez vos grandes décisions dans la vie, est-ce que vous avez vraiment la maison que vous aviez idéalisée, le compagnon ou la compagne que vous aviez idéalisé, le métier que vous aviez idéalisé ? Si on avait tous le métier qu’on avait idéalisé enfant, peut-être serions-nous tous pompiers pour les garçons, et toutes maîtresses pour les filles.
Heureusement, la vie vient nous mettre des grains de sable, pour nous permettre de découvrir des continents inconnus et l’inattendu. J’aime bien cette phrase : « de désastre en désastre, il grandissait. »
Nous aimons voir ce que nous aimons, nous aimons avoir du plaisir — c’est très important. Mais il y a quelque chose qui est plus grand que ça : c’est la vie.
Et l’épreuve peut nous sortir de nous-mêmes, et nous faire découvrir une immensité de ressources qu’on ne connaissait pas — parce qu’on n’avait pas eu besoin de les actualiser. Cela nous rendra une bien plus grande indépendance face aux événements extérieurs. On dit que le sage est indépendant du succès ou de l’échec.
Alors, suis-je en train de dire que souffrir, c’est mieux ? Non. Écoutez la vie : elle est composée de bonnes expériences suivies de mauvaises, la bonne heure et la mauvaise heure, le bonheur et le malheur.
Mais ce qui est important, ce n’est pas le bonheur. Ce qui est important, c’est le vivant — le bruit de la vie qui est derrière toutes les expériences. Et ce bruit de la vie, il parle en chacun de nous à tout moment. C’est ça qu’on cherche à réveiller, à réentendre, dans la psychologie biodynamique.
Ce vivant qui nous parcourt, qu’on dorme ou qu’on soit heureux, dans le malheur ou dans l’extase.
Bonne route.
François Lewin
Les points clés
- Nos projets appartiennent au passé — on ne peut idéaliser que ce qu’on connaît déjà ; nos grandes décisions rejoignent rarement l’idéal imaginé enfant.
- L’épreuve révèle des ressources ignorées — ce qu’on n’a jamais eu besoin d’actualiser reste invisible, jusqu’à ce qu’un désastre nous y confronte.
- Le sage reste indépendant du succès ou de l’échec — une indépendance qui se construit précisément à travers ce que l’épreuve révèle.
- Ce n’est pas le bonheur qui compte, mais le vivant — ce « bruit de la vie » présent derrière chaque expérience, heureuse ou non, que la psychologie biodynamique cherche à réveiller.
Pour aller plus loin
Cette écoute du vivant derrière les expériences, plutôt que du seul bonheur recherché, est au cœur de la psychologie biodynamique.