Le corps en thérapie : une danse entre psyché et soma

Dans ce webinaire, Bruno Danjoux partage sa vision unique de la thérapie psychocorporelle, fusionnant son expertise de danseur professionnel avec la Psychologie Biodynamique. À travers son parcours remarquable, il nous dévoile comment le corps et la psyché s’entremêlent dans un processus thérapeutique profond et transformateur.

Webinaire animé par Dominique Gutierrez.

Points clés

  • L’importance de l’interaction corps-psyché dans le processus thérapeutique
  • Le rôle central du massage thérapeutique dans la régulation émotionnelle
  • La mémoire corporelle comme outil de transformation
  • L’utilisation de la danse et du mouvement comme moyens d’expression thérapeutique
  • L’importance de la vulnérabilité dans le processus de guérison
  • Les trois piliers de l’approche : relationnel, artistique et humour
  • La nécessité d’un cadre thérapeutique sécurisant pour le travail corporel

    En résumé

    Bruno Danjoux nous offre une perspective unique sur la thérapie psychocorporelle, où la danse entre corps et psyché devient un puissant outil de transformation. Son approche, enrichie par son expérience artistique, souligne l’importance d’une présence authentique et d’une relation thérapeutique basée sur le respect et la créativité. Cette vision holistique ouvre de nouvelles perspectives dans la compréhension et le traitement des problématiques psychocorporelles.

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    Verbatim

    Bonjour à tous, bonjour à tous et merci de votre présence. L’école Biodynamique est ravie de vous présenter ce soir ce webinaire sur le thème du corps en thérapie. Quel est le rapport du corps avec la psyché ? Comment l’utilise-t-o, en thérapie ? Toutes ces questions vont être traitées par Bruno Danjoux que nous recevons ce soir.

    Avant de te donner la parole, Bruno, je vais essayer de te présenter un petit peu. Alors, tu as commencé, Bruno, par travailler comme enseignant en éducation physique, donc prof de sport. Et avec un bagage un peu spécial, un bagage supplémentaire, c’était une licence en psychomotricité. Je crois que cette licence n’existe plus aujourd’hui dans le cursus universitaire. Et puis, en même temps, pendant que tu as enseigné, tu as fait en candidat libre, tu as fait les Beaux arts. Donc, on peut dire que pour toi, la créativité, ça sera un des piliers dans ton travail. À un moment donné, tu as changé de voix pour devenir un danseur, danseur professionnel. Et tu as fait partie, si je me souviens bien, de la compagnie d’une grande chorégraphe Odile Duboc. Il y a bien sûr, bon, il y a eu les nombreuses tournées que tu as pu faire avec cette compagnie. Et puis, petit à petit, tu es devenu son assistant. Et tu as joué un grand rôle dans la transmission de sa pédagogie. Donc aujourd’hui, tu continues toujours d’enseigner, en tout cas en tant qu’artiste enseignant pour les spécialités de danse, je crois, pour le baccalauréat. Et tu es aussi jury au ministère de l’Éducation pour le bac en danse. Parallèlement à ça, aujourd’hui, tu es thérapeute psychocorporelle Biopdynamique. Tu es formateur pour l’école de psychologie Biodynamique et aussi superviseur. Et donc, je dirais que tu apportes à l’école une pâte artistique. Voilà, alors j’espère que je n’ai pas trop oublié de choses.

    J’aurai une question à te poser pour commencer. Je voudrais savoir si tu pouvais nous parler, toi, de comment tu en es venu à la thérapie par le corps et à la psychologie Biodynamique.

    C’est une longue histoire un peu biscornue, vraiment je me destinais pas du tout à être thérapeute dans cette voie du soin, j’étais plutôt parti pour une voie artistique, mon père aussi qui est peintre et lorsque la danse est arrivée dans ma vie, c’était comme une complétude en fait, je pensais danser longtemps le plus longtemps possible, et lorsque la chorégraphe avec qui je travaillais est décédé, il s’est passé vraiment quelque chose de très bizarre parce que, bien sûr, quand les événements arrivent ils n’arrivent jamais seuls, ça a été aussi une explosion de ma famille, et d’un seul coup j’ai vécu quelque chose de corporel, et c’est à dire que je saignais du nez, je vomissais, c’est à dire que c’était une perte, un deuil, mais plus qu’un décès, il se passait quelque chose en moi que je n’arrivais pas à comprendre, et je me suis dit il faut que je fasse une thérapie, que je me soigne, mais à travers le corps, mon corps disait trop de choses pour le laisser de côté, et voilà j’ai démarré une thérapie psychocorporelle biodynamique, et ça me semblait aussi très, très étrange que juste avec, au début je parlais très peu, je pleurais beaucoup la perte de cette femme, et j’avais beaucoup de manifestations corporelles, et juste les massages, je dois dire que je passais une heure presque à être massée, et je ressortais, j’étais debout, droit, digne, comme si en une heure on m’avait nettoyé, lavé, ou accompagné dans ma capacité de soins à ce moment-là, et là ça m’a complètement intéressé, je me suis dit waouh, ça c’est quelque chose d’assez incroyable, déjà la première chose d’avoir des réactions aussi violentes, suite à des événements que je ne pouvais pas contrôler, c’était impossible, même je me retrouvais comme un fœtus, j’avais une très forte régression physique, et de voir comment par le massage, d’autres soins, je pouvais reprendre le dessus, et là je me suis vraiment intéressé à cette thérapie par le corps, et je me suis dit là il y a quelque chose de magique, et aussi c’était incroyable, je pense que cette chorégraphe Odile Duboc, avait une approche biodynamique du corps, j’ai trouvé plein de ponts entre sa façon d’enseigner, de transmettre, et la thérapie biodynamique.

    Tu nous dis qu’en gros, le corps a une action sur la psyché.

    Oui, le corps a une action sur la psyché et la psyché a une action sur le corps, c’est ça la bonne nouvelle, c’est-à-dire que par des injonctions ou par une structure, qu’on pourrez appeler névrotique dans l’enfance, on va créer une sorte de cuirasse, de seconde peau qui ne correspond pas à notre essence intime et qui va structurer une morphologie aussi du corps, que cette chorégraphe avait aussi, elle disait, tiens, cette personne – alors elle n’avait pas tout à fait le même langage que la biodynamique -, mais elle disait, c’est plus une approche presque ayurvédique, elle disait, tiens, cette personne, elle manque l’air, ou elle a trop d’eau, ou elle a pas assez de feu. Et la magie, c’est qu’en travaillant sur la morphologie, donc en ramenant de l’air pour cette chorégraphe ou en ramenant de l’ouverture ou de la fluidité, en résorbant les péages dans le corps, on arrive à bouger la psyché aussi.

    Et ça c’est tout à fait passionnant. Il n’y a rien de définitif en fait, c’est comme un peu la relation à nos parents, il y a une date de péremption, le rapport à notre corps aussi, il peut bouger, il peut changer, on a une plasticité aussi au niveau du corps du cerveau, bien sûr, qui fait que c’est assez impressionnant le changement.  Et aujourd’hui en tout cas, je ne peux défendre qu’une thérapie qui prend en compte le corps, c’est-à-dire, j’avais déjà fait des thérapies avant où j’avais une compréhension de mes mécanismes, mais que je n’arrivais pas à changer. C’était impossible, je retombais toujours dans les mêmes sillons.  Je vais prendre un exemple, j’ai eu pendant une quinzaine d’années une moto et puis j’ai changé de moto, et pendant trois ans, les clignotants n’étaient pas tout à fait pareils que sur l’autre moto, mais pendant trois ans je me trompais encore, je réagissais en mettant les anciens clignotants, alors que je savais très bien dans ma tête que ce n’était pas comme ça que ça marchait. C’est comme des automatismes ou des sillons, voilà, c’est une chose de récurrent.  Voilà comment je suis venu à la thérapie de dynamique au départ purement à titre individuel, et puis vu que j’étais dans une période où par la perte de cette chorégraphe, je n’arrivais plus à danser, c’est-à-dire que dès le dansais ça me mettait dans une tristesse, après je l’ai envisagé comme une reconversion probable, mais très tard, une fois vraiment rentré dans la formation. Mais ce qui était intéressant, je crois, c’est que j’ai pu vivre d’une façon expérientielle, ce que c’est que la biodynamique, c’est-à-dire la boucle neurovégétative, je l’ai vécu, cellulairement, en fait, qu’est-ce qui se passe à partir d’un stimuli, une énergie qui monte, une décharge, alors là c’était une décharge forte, c’est-à-dire des vomissements, des saignements du nez, des diarrhées, et puis après comment avec le massage je pouvais réguler, trouver en moi des forces de régulation et d’auto-guérison, et le fait de le vivre dans l’expérience, c’est que je peux le défendre théoriquement parce que j’ai compris comment ça marchait, mais bien après.

    Cela a raisonné avec ta connaissance du corps parce que tu avais quand même une connaissance du corps très fine

    Oui, et je pense que c’est pour ça aussi que j’avais des abréactions aussi fortes. J’arrivais avec une acuité assez fine à porter mon attention à des points précis de mon corps, du fait d’avoir un passif comme ça de danseur où tous les jours on est en observation sur des micro-articulations, c’est une micro-vide, voilà. Et ce que j’ai trouvé aussi magique, c’est cette qualité de présence en fait. Je trouve que danser, c’est incarner une abstraction et c’est aussi accéder à cette part de présence que l’on doit au monde.  Et je trouve que la biodynamique dans sa formation pour les thérapeutes en devenir, elle apprend aussi ça, en fait. Elle apprend cette qualité de présence à soi, en premier lieu, aux patients, en seconde lieu, mais plus généralement au monde même. Et en tout cas, moi dans ma transmission de la danse, ou même maintenant dans l’école de formation pour être thérapeute, ce qui paraît vraiment, les deux piliers vont être cette qualité de présence et l’intention aussi. Et cette chorégraphe, comment dire, soulignait très fort l’intention. J’aime bien cette phrase de Pierre Michon, qui est un écrivain qui parle de l’écriture, mais je crois qu’on peut élargir, qui disait qu’il faut être épris de ce qu’on écrit pour que ça soit partageable. Et cette phrase, pour moi, c’est une sorte de sacerdoce. Il faut être épris de ce qu’on transmet pour que ça soit partageable. Il faut être épris d’un corps que l’on masse pour que ça soit partageable, pour que le corps puisse prendre à bras le corps, pour le dire comme ça, ce qui lui est donné. Ce qui lui permet, avec sécurité, d’aller explorer des zones jusqu’à là impénétrées ou en jachère.

    Est-ce que du coup, comment on pourrait dire dans tes séances quelle est la place donnée au corps justement dans ta pratique ?

    Alors, je dois dire que j’ai un peu deux formats de pratique, c’est-à-dire des séances individuelles, de thérapie classique, et puis des stages où là ça concerne plus un groupe en fait. Et je ne travaille pas tout à fait pareil, même si les objectifs sont un peu les mêmes. La question c’était la place du corps, dans mon approche thérapeutique. Alors, en séance individuelle, il va y avoir beaucoup, pour moi, essentiellement, pas essentiellement, mais une part très importante de donner au massage, et le massage a différentes hauteurs en fait. C’est-à-dire qu’avec une intention claire, qu’est-ce que je cherche à dire à ce corps, c’est quoi l’échange que j’ai avec ce corps, parce que ce corps me parle en fait. Et c’est ça qui est intéressant avec la thérapie psychocorporelle, c’est que le corps dit des choses qui ne peuvent pas se dire, encore au moment petit t. C’est-à-dire, non pas qu’ils ne peuvent pas se dire parce que ça ne se dit pas, mais parce que c’est pas encore monté à la conscience en fait. Et que le corps presque a une fonction d’anticipation et aussi de somatisation. Des fois, il va prendre les devants, il va faire en sorte que la personne entende par un burn-out ou par des blessures à répétition, etc. Et donc, le massage va s’intéresser à différents étages de la personne en fonction des problématiques. Si c’est un problématique de territoire, d’espace, de place, on va plutôt s’intéresser à tout ce qui touche la membrane, les fascias qui va constituer le contenant. Si c’est plutôt sur une question de sens, de direction, de projet, d’axe, on va plutôt travailler très en dessous sur ce que l’être, sur redéfinir mes axes, mes priorités, alors que si la personne ne trouve plus de sens, c’est-à-dire ce désincarne, on va plutôt travailler sur les muscles, sur l’idéal du moi, sur ce qu’on aimerait être pour derrière cette idéale essayer de toucher l’essence. C’est quoi la note que je dois jouer dans cette symphonie du monde ? Qu’est-ce que je suis venu faire ici sur cette planète ? Et en fonction de la problématique, on va venir assouplir, rigidifier, ou même redéfinir des fonctions archétypales des membranes, des os, de la structure.

    Ce que tu es en train de dire, Bruno, c’est qu’en fonction de la problématique qui apparaît, tu peux t’adresser à différentes parties du corps et à différents tissus, à différents niveaux.

    Oui, oui, oui, et même on va pouvoir sentir avec la pratique des masques, presque de collagènes, enfin moi j’appelle ça des péages, où on sent que l’énergie stagne à ces endroits et du coup on va ouvrir des portes, moi souvent je compare le corps à une maison avec des portes, des fenêtres et il est bien parfois d’aérer en fait parce que selon le schéma de notre enfance on a pu construire des forteresses, une cuirasse pour reprendre Reich, mais qui n’est plus d’actualité en fait, c’est-à-dire il n’y a plus la guerre, il n’y a plus un état de siège et cette cuirasse malgré tout elle est encore là et donc la thérapie biodynamique va, par les massages, mais pas que, elle va faire fondre cette cuirasse, va ramener du sensible, des états de présence, parce que la plupart du temps en fait en individuel la personne rentre pour une problématique assez précise c’est-à-dire j’ai du mal avec ma femme ou mon mari, je n’en peux plus de mon patron, j’ai du mal dans la relation avec mes enfants etc … mais bien souvent ce qu’il y a derrière c’est que la personne s’est absentée d’elle-même en fait, il y a une demande de se retrouver, de, en tout cas, retrouver un sens. Le fait d’avoir un toucher avec le corps on va pouvoir aussi retrouver du sensible chez la personne, retrouver un rapport à l’autre, voire ouvrir la vulnérabilité etc..  parce que à mon avis pour faire fondre la cuirasse, une des armes d’instruction massive va être la vulnérabilité, ça va permettre de descendre vers celui qu’on aurait dû être sans cette cuirasse, sans ses injonctions, sans ses comparaisons, sans ses insécurités, sans ses traumas etc, sa vraie personnalité, sa vraie essence.

    Arrivée vers plus d’authenticité, tu veux dire.

    Oui, bien souvent, on ne joue pas la bonne note, on joue une note qu’on nous a attribuée ou qu’on s’est attribuée. Donc on a parlé de massage, mais il y a un outil aussi que j’aime beaucoup dans la thérapie biodynamique, c’est la végétothérapie. La végétothérapie, c’est vraiment donner la parole au corps, mais donner la parole à une partie du corps par exemple. Àh qu’est-ce qu’elle dit cette main qui est fermée, ou qu’est-ce qu’elle dit cette main qui n’arrête pas de se gratter le cou, etc.  On va donner la parole au corps et pour moi c’est de la danse en fait. C’est-à-dire que la danse est un cri silencieux et qu’il faut entendre dans l’abstraction, dans le silence. Pour moi c’est un peu la même chose, c’est faire danser cette partie du corps pour la laisser s’exprimer et dire ce qu’elle aurait envie de dire au monde. Donc il y a les massages, il y a la végétothérapie, puis moi j’utilise aussi la gestalt, c’est-à-dire donner vraiment la gestalt avec des parties du corps. C’est-à-dire la personne, je l’invite à prendre cette main qui se ferme, qu’est-ce qu’elle dit cette main qui se ferme ? Et hop, on change et qu’est-ce que tu as à lui répondre ? Je donne vraiment le micro des parties du corps à ce coup là qui fait que tu racle la gorge, etc. Ça c’est en individuel et en groupe. On va travailler sur le mouvement dansé, sur le monde qu’on porte à l’intérieur de soi. Qui danse quand tu danses ?  Quel est le monde que tu habites et qui t’habite ? quelles sont les volumes porteurs de ta présence ? Qu’est-ce que tu amènes au monde quand tu rentres dans le mouvement, etc.  `

    Et là c’est intéressant parce que d’un seul coup on voit qu’on a des sous-personnalités et que parfois c’est une des sous-personnalités qui danse et parfois c’est une autre. Et aussi dans les groupes j’aime travailler sur l’inorganique, c’est-à-dire que souvent dans les danses qu’on appelle somatiques on se laisse danser. Je ne dis pas dans toutes mais bien souvent on se laisse danser et c’est déjà magnifique cette liberté, cette ouverture parce que parfois on n’ose pas se laisser danser. Donc c’est un premier temps, ça se laisser danser, il y a un temps assez génial. Et après pour moi il y a un autre temps qui est d’aller voir l’inorganique, c’est-à-dire que le corps, il a sa zone de mouvance en fait. Il ne va pas aller plus loin que là alors que physiologiquement il peut aller plus loin. Mais son potentiel de présence au monde il s’arrête là. Si je m’expose trop je vais être vu, ça c’est pour les cas des schizoïdes ou si je me redresse je vais aller contre mon effondrement par rapport au caractère oral etc. Et donc on va aller explorer ensemble les inorganiques c’est-à-dire à l’aide de l’autre aussi de pouvoir aller dans des zones impénétrées, inexplorer encore des abysses et accompagner par un autre on va pouvoir ouvrir son potentiel d’expression, le décupler.

    Moi je travaille sur trois piliers dans le rapport au corps comme ça. Le premier pilier c’est le relationnel, je fais beaucoup de travail à deux grâce à l’autre, grâce à l’autre je vais pouvoir aller dans l’inexplorer comme je viens d’expliquer.

    Le deuxième pilier pour moi c’est un pilier artistique, c’est-à-dire que l’artistique que j’entends c’est parce que des fois ça peut faire peur l’art avec un grand A. Pour moi c’est tout ce qui convoque la créativité, l’expression, la singularité, la mise en valeur, la mise en abîme aussi.  On peut faire de l’art en épluchant ces carottes, c’est lié aussi à cet état de présence en fait, de présence au monde. Et le premier point, la relationnelle, le deuxième point, l’artistique, on va dire, et le troisième point que j’aime, c’est l’humour, en fait. C’est-à-dire que je suis persuadé, c’est ce que je défends, qu’on peut aller visiter ces ombres avec bienveillance et avec humour.  C’est-à-dire, dans un premier temps, bien sûr, il s’agit d’entendre le trauma, parce que peut-être, il n’a jamais été entendu. Ça ne veut pas dire qu’on prend les choses à la légère, mais l’humour va permettre de se décoller de notre histoire et de l’enrubanner d’un paquet cadeau, même si ce n’est pas le cadeau qu’on aurait aimé recevoir. C’est-à-dire qu’à un moment donné, la thérapie, elle passe de l’accusation à la responsabilité, non pas de la responsabilité de ce qu’on nous a fait, une personne qui a été abusée, elle n’a pas de responsabilité de ça. Mais par contre, elle a la responsabilité de qu’est-ce qu’elle fait de ça ?

    Donc voilà, on danse avec tout ça, mais pour moi l’humour, il n’y a pas que pour moi, il y a Cynthia Fleury qui défend ça aussi, qui est un philosophe psychanalyste que j’aime beaucoup et qui défend cet aspect de l’humour, qui permet de prendre de la distance. C’est la même chose que de raconter sa vie sous forme de conte en fait, ça permet de se détacher un peu.

    Souvent on dit que quand on arrive à mettre de l’humour justement sur son histoire c’est qu’on arrive à un moment où on se détache et justement c’est qu’on n’est pas loin de entre guillemets la guérison.

    Oui, mais c’est pareil pour la relation, bien souvent, j’ai toujours la thérapie, c’est passé du réactionnel au relationnel, c’est-à-dire comment, d’un seul coup, ce que me fait l’autre, je réagis à ça, et là, je n’ai pas du tout de recul, je suis pris par l’ancienne histoire qui est réactualisée, et par le relationnel, on va pouvoir voir que ce que me fait rejouer l’autre, c’est un cadeau aussi, pour le comprendre, pour le dépasser, pour voir que ça n’appartient pas à l’autre, la personne rejoue l’histoire en fait.

    Et ce que j’aime aussi, c’est ce travail pour essayer de changer la structure, en fait.  Si on prend, alors je m’appuie vraiment sur les structures caractérielles de Reich, par exemple, la structure masochiste va avoir un morphotype, alors attention, ce n’est pas des généralités exclusives, et ce n’est pas non plus des étiquettes, mais bien souvent, pour le masochiste, il y a une contention, en fait. Il y a quelque chose qui est contenu, comprimé, et notamment qui est beaucoup au niveau du cou de cette base-là, cinquième chakras, et dans les maxillaires et dans le bassin, il y a besoin de tenir, il y a besoin que mon monde ne soit pas manipulé. Et en travaillant tout doucement, puisqu’il ne s’agit non pas de casser le château fort, mais de le faire fondre, parce que si on le casse, la personne se retrouve, que d’auto-appel complexe du homar, et d’une fragilité terrible, il y a besoin d’y aller tout doucement, mais en relâchant cette partie, en plus, et en lien avec la classe, qui est quand même le monde, la classe sur l’axe, donc c’est une partie que le masochiste ne veut pas lâcher, il va même avoir tendance à monter les épaules pour retenir cette masse ici énergétique, mais en travaillant sur la mobilité du monde, de la classe sur l’axe, on va pouvoir faire fondre tout doucement cette contention, et aussi en favorisant l’expression verbale, mais aussi par le corps, on va favoriser la fonte de la cuirasse. Donc ça, ça m’intéresse aussi comment dire, comment la psyché façonne le corps, et comment on peut, en faisant danser le corps, modifier la psyché, modifier le caractère, on va dire plutôt que la psyché, faire fondre le château fort.

    Quand tu dis modifier, c’est-à-dire mettre du liant, parce que justement, c’est une question que je voulais un petit peu te poser, parce que tu parlais de faire fondre la cuirasse, donc l’idée, c’est de ne pas l’enlever.

    Et non, et puis même de la remercier. Oui, c’est faire honneur à cette cuirasse. C’est elle qui nous a permis de traverser les épreuves. Mais cette cuirasse, en fait, répond à une stratégie, mais une stratégie qui n’est plus d’actualité. Et donc il va falloir, et au bout d’un moment, elle nous entrave.  C’est-à-dire comme le homard, cette cuirasse nous empêche de grandir, de s’expanser, de dire au monde le pourquoi de notre incarnation. Et alors, ce qui est intéressant, c’est que souvent, il y a une lutte très féroce à l’intérieur, entre un désir conscient de changer et un désir inconscient de, comment dire, de continuer à bénéficier des avantages inhérents à ce qu’on a mis en place dans notre histoire.

    Et cette question de la résistance au changement, elle m’intéresse, elle m’intéresse beaucoup en danse, on en parle peu. Mais avec cette chorégraphe, on s’est penché sur cette question.  Qu’est-ce qui fait qu’un seul coup, un danseur, il rentre dans l’espace, il fait un mouvement et wouah ! Mais ça laisse une trace, vraiment, on est, et puis d’autres danseurs aussi virtuoses ne laissent pas de trace en fait. Et on en est venu à la question de la résistance en fait, un peu comme un fusin, le meilleur fusin du monde. Si le papier n’exerce pas de résistance, il ne va laisser aucune trace. Et par la question de la résistance au mouvement, ça va nous donner une présence en fait.  Et dans la résistance, en thérapie, souvent, on la combat, on essaye qu’elle lâche, etc. Mais comment on peut en faire un ami de cette résistance ? C’est-à-dire, elle nous a permis de construire cette cuirasse et elle, un peu comme l’ego, souvent on dit il faut battre l’ego, il faut le réduire en poussière et tout ça, mais si on n’a pas d’ego, on n’a pas d’existence, on n’a pas de mobilité, de présence au monde.

    Et en danse, par exemple, ou plutôt, parfois je prends cette comparaison du fil dans une ampoule électrique qui, par ce qu’elle exerce une résistance, crée de la lumière. L’utilité d’une ampoule, ce n’est pas qu’on la regarde. L’utilité d’un danseur ou d’une personne, ce n’est pas forcément qu’on la regarde, mais c’est qu’elle éclaire le monde. D’un seul coup, comment cette résistance va nous permettre d’avoir une poignée de lumière suffisante pour sortir de l’obscurité dans laquelle on est et également de porter de la lumière à d’autres, comme nous, égarés dans le noir.  Cette résistance, pour moi, c’est un appui. D’ailleurs, il y a un peintre, c’est drôle d’avoir trouvé cette phrase chez un peintre, qui est arrivé à Dan Bum, qui dit « La présence est liée à la combinaison du geste, de la résistance et du désir. » Et cette question du désir aussi, je la questionne souvent dans les séances. Par cette phrase, il faut être épris de ce qu’on fait pour que ça soit partageable. Cette question du désir est là au cœur même.

    Mais aussi, qu’est-ce qui fait que, d’un seul coup, je vais faire ce mouvement plutôt, et qu’est-ce qui fait que je vais me déplacer pour aller là-bas, être au contact de sa libido. Quand j’appelle ça la libido de l’espace, la libido au sens générique, c’est-à-dire ce désir qui fait que, d’un seul coup, j’ai envie de me poser à côté de cette personne, d’un seul coup, j’ai envie d’aller m’allonger là-bas, ou d’un seul coup, j’ai envie de faire ce mouvement-là parce qu’il me procure d’être au contact avec ce désir.

    Comme je te disais tout à l’heure, bien souvent les patients, ils arrivent, moi j’appelle ça des vies blanches, ils arrivent avec leurs vies blanches, c’est-à-dire des vies qui n’ont pas d’autres signes de destruction que d’appartenir à l’absence à eux-mêmes et à l’autre et au monde en fait, ils se sont absentés de même, il n’y a plus rien qui les remplit. Donc c’est redonner de la nourriture, redonner du désir, redonner de la libido, redonner du pétillement, redonner de la lumière, redonner de la présence et redonner de l’autre aussi.  Je suis persuadé, mais il n’y a pas que moi, que c’est grâce à l’autre que l’on grandit, même quand c’est désagréable. Peut-être surtout même quand c’est désagréable, sinon on ne changerait pas.  C’est parce qu’il y a de l’autre cette chose-là, ce qu’on appelait le relationnel, c’est une espèce de présence comme ça, d’entre eux, d’entre espaces, qui fait que ça, d’un seul coup que ça se met en relation ou que ça se met en changement.

    Comme tu disais, souvent on dit que nos ennemis sont nos plus grands maîtres.

    C’est ça ? C’est ça ? C’est ça ? Et cette relation-là, c’est-à-dire l’autre me renvoie quelque chose bien souvent que je n’ai pas envie de voir en moi, mais qui danse en fait.  Pour moi, la relation c’est cette aventure silencieuse des entre-deux, des entre-nous. On ne sait pas, c’est un mystère, une aventure mystérieuse, mais elle est au combien nourricière et transformatrice. Après, ce qui est difficile, c’est qu’en l’autre, ce qu’on appelle les transferts, transferts négatifs, tout ça, c’est qu’en l’autre, il y a un supportable. Mais bien souvent, c’est un ancien schéma qui nous ramène d’actualité en fait. Et ce que je voudrais dire, c’est que c’est physique, c’est ça qui est intéressant. L’autre me fait un effet physique, soit d’attirance, de désir, il m’est insupportable, de rejet, etc. Et c’est purement physique au départ. Et ça, c’est intéressant de voir comment le corps parle, comment le corps nous dit.

    Oui. Et comment on relie l’énergie avec le physique ?

    Alors, moi, je me suis inspiré beaucoup de méthodes somatiques en danse, du BMC, ce qu’on a appelé le body mind centring, la reliance de la pensée avec le corps, mais aussi d’Alexander Bartonyev, tout ça, toutes ces techniques somatiques et ça m’a donné l’idée en fait de comparer le corps à une maison avec des portes et tout ça, quoi ça ne vient pas de moi, beaucoup en acupuncture, on parle de fenêtres, dans beaucoup de médecines, on parle de portes, de diaphragmes comme porte de l’inconscient, etc. Mais ça m’intéressait de remonter comme ça parce que ça nous parle beaucoup.

    Donc, une des premières portes, c’est notre ancrage au sol, les chevilles, qui a été nommée comme les portes de l’engagement, l’engagement de souvent des entorses, c’est des conflits de direction, c’est des engagements qui sont en aiguillage, comme ça. Après, on remonte sur la porte des genoux, qui sont les portes de la flexibilité, l’acceptation à des changements. Et on a deux portes de l’alliance, la porte du psoas et la porte du diaphragme aussi, qui sont des portes un peu différentes. Le psoas est une porte de l’alliance du féminin et du masculin, mais dans l’horizontalité. Ça serait un peu complexe de tout expliquer le pourquoi, mais on va remonter comme ça, le diaphragme porte aussi de l’alliance entre les poumons. Donc, le céleste, le père, on va dire ça comme ça, et fil est liquide, la mère, le féminin, etc. Donc, c’est une porte de l’alliance. Et puis, on remonte porte des responsabilités, les épaules, les portes de la relation avec clavicula, la petite clé, le sternum, qui est le grand pouvoir, qui est l’épée de ma définition dans le monde.

    Donc, les fenêtres de l’âme, il y a deux fenêtres, c’est les yeux, et puis les fenêtres du ciel, en acupuncture, là, c’est point qui ouvre au céleste, qui ouvre avec le chakra couronne. Et par la danse, on va pouvoir redonner de la mobilité à ces portes, qui des fois sont restés fermés depuis très longtemps.  On va mettre un peu de dégrippant, parce qu’il ne s’agit pas de rester tout le temps ouvert. Il y a une nécessité de fermer les côtes, par exemple, les côtes flottantes sur son cœur. C’est comme une grille de château fort. C’est dangereux d’être toujours le cœur grand ouvert. Il y a des endroits où mieux fermer les portes. Mais bien souvent, c’est bon, là, ils ont perdu leur fluidité. Donc, c’est par le mouvement retrouver cette aptitude à ouvrir, à airer sa maison.

    D’ailleurs, tu animes bientôt un module de l’école biodynamique où tu allies justement l’art, le corps et tout ça. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?

    Oui, alors l’intitulé c’est l’image inconsciente du corps qu’avait développé Dolto, mais en fait moi je travaille beaucoup sur ce laisser, on parlait tout à l’heure de ce laisser danser, de ce laisser dessiner, donc c’est un module où on va essayer de voir les parties en nous qui sont inexplorées, qui sont mortes, qui sont désertées, les parties en contraire qui sont vivifiantes, très énergisées, très mobiles, et essayer de voir comment agrandir ces parties qui sont vivifiantes pour aller réveiller les parties un peu mortes, un peu inexplorées. Je ne vais pas dévoiler le contenu, mais en tout cas il y a une part réservée pas mal aux arts plastiques, il y a une part réservée aussi au mouvement, il y a une part aussi réservée à l’inattendu, on va appeler ça comme ça, je ne vais pas en dire plus, mais c’est des expériences aussi que j’ai puiser dans le clown, des expériences que j’ai puisées au beaux-arts aussi, etc. 

    L’idée c’est vraiment d’essayer de s’approcher de son essence, il y a un sculpteur que j’aime beaucoup qui ramasse des troncs comme ça énormes de cèdre, notamment qui sont écroulés à la tempête de 1999, et il va retirer le bois comme ça pour faire apparaître à l’intérieur même de ce gros morceau de bois, le petit arbre qui a donné naissance à ça, c’est un travail fou, il va rechercher le petit arbre à l’intérieur du gros arbre, mais j’ai envie de dire c’est un peu ça, d’essayer de s’approcher de notre essence, de ce qu’on aurait dû jouer sans ce masque, sans ces injonctions, sans ces stratégies,

    Est-ce qu’on peut parler de mémoire du corps ?

    Oui, ça c’est bien de le dire, parce que le travail, c’était d’ailleurs la force de cette chorégraphe, et elle a une pièce qui s’appelle Pour Mémoire, et en fait, toute son approche, et je ne l’ai jamais trouvée chez d’autres personnes, et je l’ai réutilisé aussi après avec des enfants, avec des non-voyants, etc. C’est d’expérimenter par le corps, par exemple, on avait des énormes coussins d’air, mais énormes, ils faisaient presque 8 mètres de long, ils se gonflaient avec des aspirateurs inversés jusqu’à 2 à 3 mètres, et on dansait dessus comme ça.  Tu vois, c’était vraiment expérimenté, mais tout le travail était de retrouver cette même chose sans l’objet. Donc on avait plein d’objets, comme ça, on avait des tôles ondules, sur des ressorts, etc. Et j’ai trouvé ça passionnant, cette chose-là, et avant même d’avoir fait la thérapie psychodynamique, j’ai recontacté des mémoires utérines en dansant sur ces matelas d’air, j’avais l’impression de retrouver des mémoires ancestrales dans le ventre, mais je ne savais pas à l’époque qu’on pouvait visiter, que le corps avait une mémoire très lointaine. Et cette mémoire, elle n’est pas du tout une mémoire intellectuelle, elle est vraiment une mémoire organique, une mémoire cellulaire, et qu’on peut, une fois en plus qu’elle est traversée, elle est re convocable à vie, il n’y a pas de prouts de mémoire de celle-là. C’est-à-dire qu’on peut reconvoquer à tout moment cette mémoire organique en fermant les yeux et observer le corps à une mémoire incroyable.

    Et ça c’est le fait d’en avoir pris conscience et une fois qu’on en a pris conscience, on peut le reconvoquer c’est ça ?

    Oui, c’est-à-dire qu’il se crée dans nos cellules une mémoire comme ça qui est… Alors il y en a qui disent que, enfin je vais pas montrer, il y a des études qui montrent que c’est pas dans les cellules, que c’est dans les fibres d’actine et myosine, donc dans le muscle, etc. Mais en tout cas, j’avais été frappé par une expérience.  Encore une fois, l’art, c’est Rebecca Horne qui est une plasticienne qui est décédée, mais elle avait une pièce comme ça, c’était un œuf avec un ciseau qui était pointé comme ça au-dessus.

    Mais en fait, elle relatait des sternes du Bengale qui sont des oiseaux migrateurs qui migrent jusqu’en Afrique, au loin. Et il y a un endroit où ils tournent comme ça et les plus jeunes tombent un peu de fatigue, d’épuisement, et puis au bout d’un moment, ils continuent. Et là, ils se sont aperçus qu’il y a des milliers d’années, il y avait, avant la dérive des plaques tectoniques, il y avait un morceau de terre où ils se posaient pour faire un relais dans leur longue traversée. Et je trouve ça incroyable parce que là, la mémoire, elle est transe générationnelle, elle est non dite, elle est cellulaire, elle est dans un endroit insoupçonné de passations, de transmission. Et voilà, quand on dit le corps n’a pas de mémoire, c’était cet exemple. Alors, ça a un avantage et un inconvénient, c’est-à-dire que le corps garde aussi en mémoire les traumas, les expériences traumatiques, les expériences qui ont profondément touché la psyché. Et cette mémoire, comme on vient de le voir, est indélébile, c’est-à-dire cette mémoire, elle va rester continuellement. Après, qu’est-ce qu’on fait de cette mémoire, comment on en prend soin, comment on part des rituels aussi, on peut la redéposer une partie.

    Est-ce que ces mémoires du corps ont peut les changer ?

    C’est ça qui est intéressant, justement, avec ce qui paraissait aussi innovateur dans la thérapie biodynamique, c’est qu’il y a plutôt que de s’attarder sur la pathologie, sur ce qui n’a pas été, on va essayer de mettre le focus sur aussi les ressources, sur aussi ces qualités d’émerveillements, sur cette résilience qu’on a eue pour arriver jusqu’à là, et du coup, ces mémoires-là, qui vont être plus importantes que les autres, qui vont se densifier, qui vont créer des réseaux et qui vont créer des ponts, qui vont créer une espèce d’expansion, qui vont colorer les mémoires traumatiques.  Après, il y a des études qui sont en cours, mais ces mémoires traumatiques, elles restent engrammées à un endroit, mais elles peuvent être beaucoup moins efficientes, elles perdent leurs charges.

    Ok, merci Bruno, pour tout ce que tu nous as apportés ce soir. Le retour, je crois que c’est le temps maintenant des questions.  Il y a Tiffen qui demandait si tu pourrais partager une guérison d’un patient qui t’aurait marqué dans ta pratique. Quelqu’un qui a eu un changement.

    Il y a un exemple que j’aime beaucoup, ça m’embête parce que j’ai fait un podcast et puis c’est le même et ce n’est pas grave, il y a une répétition à cet endroit, mais c’était au tout début de mon expérience de thérapeute, une femme qui vient et qui ne supporte plus du tout son mari mais qui ne supporte plus du tout. Elle s’appelle plus de 25 ans qui sont ensemble, elles pensent se séparer, ils ont de grandes filles ensemble, mais c’est viscéral, c’est physique, dès qu’elle rentre, elle sent son corps se réveiller, et surtout c’est qu’elle ne se sent pas écoutée ou respectée pour plusieurs choses, mais notamment deux choses, les lumières qui laissent toujours allumer et ces chaussons qui laissent toujours en bas de l’escalier, avant de monter, elle lui répète mille fois et elles se sentent pas du tout respectées parce qu’ils laissent les lumières allumer, c’est quand même pas compliqué de faire attention à ça, ça coûte cher, il pourrait quand même faire attention, etc etc.  Et cette patiente m’annonce que son mari atteint d’un cancer assez foudroyant, il y a des métastases partout, donc elle va arrêter la thérapie pour l’accompagner, et donc pendant six mois, je n’ai plus une nouvelle d’elle, et en me disant peut-être qu’elle ne va pas reprendre la thérapie, et elle me rappelle pour retravailler, et elle m’annonce que son mari est décédé, et je trouve incroyable, c’est-à-dire qu’une des phrases qu’elle me dit en larmes, que je trouve assez magnifique, elle m’a dit si vous saviez comme ces lumières me manquent, c’est-à-dire pourquoi elle ne supporte pas l’autre, et la métaphore elle est tellement belle, c’est-à-dire qu’elle en va même jusqu’à allumer des lumières pour convoquer sa présence, le soir pour être en contact avec son mari de défunt, elle allume la lumière, elle va pas mettre ses pantoufles en bas de l’escalier, mais elle me dit j’allume la lumière pour qu’il soit avec moi, et c’est ce qu’on parlait du relationnel en fait, c’est-à-dire que d’un seul coup, elle n’a jamais autant aimé que maintenant qu’il n’ait plus là, et si le travail thérapeutique je crois avait démarré plus tôt, alors peut-être qu’elle aurait eu les mêmes réactions, mais en tout cas c’était une belle histoire en tant que thérapeute qui débute de vivre, ça aide aussi, ça m’a aidé dans mon couple de voir que ce qui nous dérange chez l’autre, c’est une partie de soi qu’on n’a pas envie de voir, pour le coup-là c’est une rigidité, donc il m’y manque sa folie à lui, etc.

    En tout cas, je vois, alors il s’avère qu’il y a eu un changement, maintenant j’ai beaucoup plus d’hommes que de femmes en thérapie, et je vois que pour ces hommes-là, à partir du moment où ils touchent leur vulnérabilité, il y a quelque chose qui s’ouvre en fait, et c’est assez beau d’être le témoin de ça. Pour trouver sa masculinité, mais peut-être sa féminité aussi, par la vulnérabilité là, il y a une voie d’accès.

    Oui, puis souvent, ce qu’on découvre au fur et à mesure de la thérapie, c’est que cette fameuse vulnérabilité qui est peut-être dérangeante au début, parce qu’on pleure tout le temps, mais petit à petit, ça devient une force. Une force de vie, ça ramène le vivant à l’intérieur.

    C’est une capacité de présence d’un seul tout le monde, le monde nous touche. C’est-à-dire que cette fonction du toucher qu’on a beaucoup dans l’école biodynamique, elle a une réciprocité. C’est-à-dire qu’on peut voir sans être vu, mais on ne peut pas toucher sans être touché. C’est-à-dire si le monde dehors nous touche, c’est que quelque part nous touchons le monde. On a quelque chose de lumineux qui fait qu’on est en lien avec l’espace qu’on habite en fait.

    On a une question aussi, alors là, il y a Axel qui demandait si la végétothérapie, c’était la même chose que les massages. Les massages de dynamique, c’est la végétothérapie, donc quelqu’un lui a répondu que non.  Donc tu veux dire deux mots là-dessus ?

    Oui, en fait, la différence entre les massages et la végétothérapie, on ne va pas rentrer trop, mais essentiellement le massage, le patient est allongé et essaye de porter son attention aux endroits où il est touché et même à son péristatisme. Il est questionné comment c’est là, est-ce que c’est mieux comme ça ? Mais il est relativement passif, alors que le thérapeute est actif.  Dans la végétothérapie, c’est plutôt le patient qui est actif et le patient qui est en accompagnant de ce qui se passe. Mais là, on va donner la parole vraiment au corps du patient, c’est-à-dire que d’un seul coup, le patient peut exprimer une colère en tapant sur le matelas ou en ayant des manifestations et le thérapeute est là pour accompagner et puis surtout pour donner un sens à ce qui se passe, pour aider le patient à trouver.

    Et on peut dire aussi qu’il peut y avoir des actions qui sont fortes, comme tu avais sur le matelas, mais ça peut être aussi très très fin et très léger et très subtil. C’est juste le corps qui exprime ce qu’il sent, en fait.
    Et puis, il y a une autre question de Mélanie qui demande « que répondre aux thérapeutes qui disent que le toucher, les massages, etc., rendent les patients dépendants du thérapeute plutôt que de les autonomiser » ?

    C’est intéressant, après, ce qui est intéressant dans l’autonomie, c’est choisir ses dépendances. En tout cas, pour moi, le massage au début a une fonction qui est de redonner au corps du patient ses fonctions d’autorégulation. C’est-à-dire que, souvent, il a perdu ses fonctions-là. Et si on prend le principe du burn-out, la personne est en arrêt du travail, mais elle n’arrive toujours pas à dormir. Pourtant, elle est allongée toute la journée, mais elle n’arrive pas à dormir. C’est-à-dire que le corps, à force d’être sollicité, a perdu ses capacités de régulation, d’intégration. Et par le massage, on va pouvoir redonner ses facultés au corps, parce que le corps a bien sûr ses facultés d’autoguérison, d’autorégulation. Pour moi, c’est un premier temps de redonner au corps du patient sa fonction de guérison.

    Et après, tout dépend du type de massage. C’est-à-dire que parfois, moi, j’ai des massages qui sont, qu’on appelle du deep draining, qui vont aller chercher très loin dans la profondeur de l’être. C’est-à-dire que je vais aller chercher le patient pour qu’il trouve son autonomie. Mais c’est quelque chose qui n’est pas du tout un massage comme au début de biorelease, qui est plutôt un massage pour redonner du contenant, de la bienveillance, etc. Il y a plusieurs types de massages. Et après, sur la fonction de l’autonomie, c’est important cette question, parce que, notamment au début, quand on a peu de patients, on peut être dépendant de ces patients. On peut répondre à leurs attentes. Mais c’est comme, je crois, dans la transmission, c’est-à-dire qu’il y a un temps de répondre à des attentes, et dans un deuxième temps, il y a solliciter des demandes. C’est-à-dire faire en sorte que le patient soit en demande, qu’il puisse sentir qu’il aurait envie.

    Oui parce que souvent on dit que c’est lui qui fait le travail, c’est lui qui vient et qui est là pour commencer.

    On a Jean aussi qui demande, est-ce que le massage est proposé des premières séances, certains clients peuvent montrer une réticence à être touchés.

    Oui, c’est une bonne question, c’est-à-dire notamment toutes les personnes qui ont été abusées, le rapport au toucher est très fragile, il y a une nécessité d’un consentement, il y a une nécessité de, comment dire, ce qu’on appelle les qualités de présence du thérapeute, d’accueil, de relationnel, de questionnement, c’est une invitation et bien sûr inviter la personne à se respecter, respecte soi, respecte du cadre, respecte l’autre, c’est une invitation mais comme toute invitation on doit attendre que la personne puisse dire non en toute bienveillance.

    Mais c’est étonnant parce que j’ai eu des personnes justement qui avaient été abusées de sexe féminin et ils disaient je viens vous voir « parce que je sais que vous massez, vous touchez et aussi parce que j’ai eu une difficulté avec les hommes donc je viens chercher le bon toucher de la part d’un homme  »et c’est extrêmement réparateur.  Mais elle est dans une demande, elle sait déjà ce qu’elle veut. Mais bien sûr que moi j’explique énormément qu’est-ce que je fais, le pourquoi, qu’est-ce que c’est que la thérapie psychocorporelle, ça implique une relation au corps et je nai jamais eu de, jusqu’à aujourd’hui, de refus. Il y a des patients, le toucher n’a pu se faire qu’après la 10e science et c’est ok, c’est ok.

    Je peux exprimer mon intention. Par le massage, on va retrouver une capacité d’auto-régulation mais il y a une attention à l’autre où elle en est. Le rapport aussi à la peau parce que bien souvent le massage est associé à l’érotisation. Il y a plusieurs fonctions dans la peau et notamment une fonction érotique et bien souvent le massage est réduit à cette fonction et d’expliquer que de masser à même la peau, ce n’est pas la même chose que masser à travers les vêtements, il y a une sécrétion d‘ocytocine mais il y a la nécessité d’un cadre qui est tenu. Il y a une structure, un contenant. Ce n’est pas un massage de bien-être, c’est un massage qui va être thérapeutique dans un cadre bien précis avec un thérapeute qui est garant du cadre.

    Après, il est toujours possible de commencer à être masser habillé, de prendre confiance petit à petit et de pouvoir être amassé sur la peau directement.

    Et moi, j’ai des patients, ils restent habillés, et c’est OK, c’est respect de soi. Déjà, pouvoir s’écouter, qu’est-ce qui est bon pour moi, et voir le poser au thérapeute, là déjà on est avancé déjà.

    Est-ce qu’il y a aussi des pratiques comme le rêve éveillé et qu’il peut être aussi corporel si on appelle au sens pendant le rêve ?

    Oui, tout à fait, oui, oui, et même qu’ils peuvent être corporels, parce que j’aime bien faire un rêve éveillé, diriger où on va rencontrer son enfant intérieur et on se retrouve face à face avec son enfant intérieur et souvent je prends un coussin et la personne va serrer ce coussin, ça fait tellement longtemps qu’on s’est perdu que je t’ai laissé sur le bord de la roue et j’invite, je me souviens d’un exemple très précis où j’ai invité la personne à danser avec son enfant intérieur, avec son coussin, c’était d’une beauté incroyable de cette danse-là, et c’est de la matière, c’est-à-dire d’un seul coup serrer un coussin c’est pas serrer du rien, même si c’est un objet symbolique, c’est le moment où elle a serré la matière parce qu’elle ne s’attendait pas à ce que je lui mette un coussin, je lui ai dit tu peux serrer dans tes bras, elle a fait ce geste-là, j’ai dit c’était d’une émotion incroyable pour tous les deux, pour tous les trois même, on va dire qu’il était là aussi.

    Oui, ça devait être joli. Bon, c’est super, je vois que l’heure avance. Est-ce que je peux te donner le mot de la fin, Bruno ? Avant qu’on conclure le webinaire.

    Sur cette question, ce qui me paraît important en tout cas, le corps en thérapie, c’est qu’on l’a dit, mais je voudrais répéter, c’est que la psyché va façonner le corps, va lui donner une forme et que le corps peut influencer la psyché. Je trouve ça assez génial.  Sur la question de la réalité aussi, que cette réalité, elle nous façonne, mais qu’on peut façonner la réalité. Mony Elkaïm, c’est un psychothérapeute qui est décédé maintenant, mais qui disait que nous façonnons la réalité afin de l’ajuster à nos croyances profondes pour ne pas avoir à changer. Je trouve que c’est aussi une danse, cette la réalité, on peut la bouger, on peut… Oui, c’est-à-dire qu’on a comme cocher les cases, par exemple d’une enfance traumatique, mais à travers une certaine paire de lunettes, si on revisitait cette réalité avec une autre paire de lunettes, on verrait d’autres choses.

    Et qu’on peut aussi bouger tout ça, tout ça c’est une danse en fait, tu vois c’est des gens qui ont envie de finir la vie.

    C’est une super conclusion, dans tout ça, c’est une danse. D’ailleurs, il y a beaucoup de personnes qui te remercient sur les liens que tu fais entre la thérapie et la danse, c’est très, très joli.  Alors, je voudrais terminer sur les vinaires. Je voudrais dire merci à tous vraiment de votre présence. Merci de votre écoute, de l’intérêt que vous avez porté à ce thème de la thérapie du corps et du rôle du corps dans le soin. En tout cas, merci aussi pour vos questions. Et puis, un grand merci Bruno, parce que pour tous tes éclairages qui sont vraiment intéressants autour de ce thème du corps. Et du coup, on se retrouve bientôt, je crois, dans les modules que tu animes pour l’école de psychologie biodynamique.

    En tout cas, merci à ceux qui nous ont suivis, merci à toi Dominique pour tes questions soutenantes et puis ta bienveillance, et puis merci à la thérapie biodynamique de nous faire prendre le corps.

    Merci à tous, bonne fin de soirée.

     

     

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