La peur qui sidère

Dans cette courte vidéo, François Lewin distingue la peur utile — celle qui nous protège dans l’instant — de cette peur chronique, au travail ou en couple, qui finit par provoquer exactement ce qu’elle cherche à éviter.

Transcription

Aujourd’hui, je veux vous parler de la peur — la peur qui sidère.

La peur est utile. Si je dérape en voiture, c’est bon que j’aie peur. Si je vais trop vite en ski, c’est bon que j’aie peur et que je ralentisse.

Mais je parle de cette peur chronique qu’on peut avoir au travail, dans le couple, avec les amis — celle qui m’empêche d’être moi-même.

Une des plus grandes peurs de l’humain, c’est d’être exclu du groupe : nous sommes des animaux de groupe. Mais il y a une différence entre l’enfant, qui a besoin du clan sinon il meurt, et l’adulte, qui peut faire un voyage en solitaire pendant un an autour des océans.

Le problème de la peur qui sidère, c’est qu’elle va provoquer ce qu’elle cherche à éviter. Au travail, par exemple, je vais avoir si peur de mal faire que je vais être sidéré, ne plus être créatif — et au bout d’un moment, soit on me mettra à la porte, soit je démissionnerai moi-même parce que je sentirai que je meurs sur pied.

C’est pareil dans le couple : à force de me réprimer, l’autre peut me dire « tu n’es plus comme avant, il n’y a plus de rapport entre nous, tu n’es plus là — je m’en vais ». La peur, en me rendant prisonnier, en bloquant ma propre dynamique, fait qu’en m’absentant, c’est moi qui pousse l’autre à m’exclure.

Alors comment faire ? Il faut rassurer l’enfant. Parce qu’encore une fois, ce n’est pas un adulte : l’adulte peut prêcher dans le désert, parcourir le désert, ça n’est pas le problème. Mais l’enfant, lui, a besoin de se sentir une merveille, aimé inconditionnellement — c’est-à-dire aimé par-delà ses actions, ses sourires ou ses colères, aimé pour ce qu’il est.

Si vous sentez que vous êtes paralysé, guérissez votre enfant, rassurez-le, faites-lui sentir qu’une bonne mère, un bon père — des figures féminines et masculines — l’aiment de manière inconditionnelle.

Créez cela : une maman gorille, une maman ours, la Vierge Marie, ou peut-être la tante que vous avez eue enfant, celle qui était si agréable pour vous, ou le parrain. Que ce soient des entités ou des personnes réelles, trouvez des figures d’autorité qui aiment votre enfant de manière inconditionnelle.

Et quand cet enfant est rassuré, alors l’adulte peut regarder la situation de manière lucide, voir les difficultés, voir les attentes et les conflits, et agir de manière lucide et affectueuse.

Je vous souhaite de ressentir l’enfant intérieur aimé, afin de voir toute la liberté dont vous pourrez jouir. Bonne suite.

François Lewin

Les points clés

  • La peur utile diffère de la peur qui sidère — celle qui protège dans l’instant n’est pas celle, chronique, qui empêche d’être soi-même au travail ou en couple.
  • La peur provoque ce qu’elle cherche à éviter — se sidérer pour ne pas être exclu finit par pousser l’autre à s’éloigner, réalisant la crainte initiale.
  • C’est l’enfant qui a peur, pas l’adulte — l’adulte peut affronter la solitude ; c’est l’enfant intérieur qui a besoin d’un amour inconditionnel pour se sentir en sécurité.
  • Rassurer l’enfant libère l’adulte — une fois cette part rassurée par des figures d’attachement, réelles ou symboliques, l’adulte retrouve la lucidité pour agir.

Pour aller plus loin

Ce travail sur l’enfant intérieur et les figures d’attachement rejoint une approche déjà développée sur le site : Les répétitions, où François Lewin explore comment une blessure précoce continue de façonner nos schémas relationnels adultes.